Politique

Tentative de putsch au Gabon : le dispositif sécuritaire du pouvoir de Libreville montre ses limites

Lundi 07 janvier 2019, un groupe d’hommes lourdement armés prend le contrôle de la chaine de radio nationale et annonce la mise en place du mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS) dans une bande relayée en boucle sur la même station jusqu’à 8h30 du matin. Un malheureux événement qui met au grand jour la défaillance des services sécuritaires et le manque d’expérience des hommes qui les incarnent.

Ali Bongo ne sera plus jamais en sécurité. Son dispositif sécuritaire vient de présenter ses limites. Partant du corps d’élite chargé de sa propre sécurité. Pendant quarante deux ans de règne de son prédécesseur Omar Bongo Ondimba, jamais la sécurité nationale et des institutions n’avait été aussi ébranlée. Le seul événement similaire en date connu remonte à 1964 lorsqu’un groupe d’hommes armés tente de renverser feu Président Léon Mba. Pourtant le Gabon a traversé des périodes de fortes turbulences jusqu’en 2016, toutes parfaitement maitrisées par les forces de défense et de sécurité.

Depuis l’arrivée au Pouvoir d’Ali Bongo, trois événements majeurs ont failli ébranler la sécurité intérieure de ce petit émirat d’Afrique centrale : le 20 décembre 2014, l’opposition gabonaise avait appelé et tenu une manifestation au quartier dit Rio. Malgré le refus des autorités, des dizaines de milliers de manifestants avaient pris d’assaut cette partie de la capitale Gabonaise, ce qui avait conduit à de violents affrontements avec les forces de l’ordre et causé la mort de l’étudiant Mboulou Beka dont les conditions de disparition sont toujours non élucidées.

Le mardi 28 avril 2015, la dépouille de l’opposant André Mba Obame décédé quelques jours plus tôt à Yaoundé au Cameroun arrive à Libreville sous haute tension. Pendant plusieurs jours, des centaines de milliers de partisans de l’ancien ministre d’Omar Bongo vont tenter de créer le chaos jusqu’au départ de la dépouille sur Oyem, chef lieu de la province septentrionale du Gabon. Le dispositif sécuritaire de l’époque avait réussi l’exploit d’empêcher l’aboutissement du plan ourdi par une partie de l’opposition. Lequel plan consistait à mettre à profit la très forte mobilisation lors des funérailles pour renverser le Pouvoir de Libreville.

Août 2016, une forte protestation des résultats de l’élection présidentielle éclate à Libreville et dans certaines villes de l’intérieur du Gabon. Une contestation qui avait occasionné l’intervention au QG de campagne de l’opposant Jean Ping. Engendrant des pertes en vies humaines et matérielles. A chacun de ces événements, tous les voyants étaient au rouge. Mais grâce à la dextérité et l’efficacité des responsables des différents corps et départements ministériels sécuritaires, jamais une tentative de renversement du régime de Libreville n’était allée aussi loin et aussi près du but que celle de lundi.

On n’imagine mal Ali Bongo présent à Libreville lors de la tentative de putsch de lundi. C’est à sa vie que les putschistes auraient attentés. Ce qui aurait été très facile, le commando de cinq militaires était constitué d’éléments de la garde républicaine (GR), un corps d’élite directement chargé de la sécurité du chef de l’Etat Gabonais qui, pourrait avoir eu la vie sauve grâce à son AVC survenu le 24 octobre à Ryad en Arabie saoudite et qui l’a contraint à être absent de son pays depuis deux mois.

Rien ne saurait justifier que la préparation d’un putsch au sein de la Garde Républicaine n’ait pu être interceptée par les différents services de renseignements gabonais. Les putchistes disposaient des armes et munitions très au dessus de l’équipement qu’ils sont autorisés à avoir à leur disposition. Un équipement sorti de la GR sous la barbe et le nez des responsables de ce corps d’élite et des services de renseignements. Une lourde défaillance qui devrait obliger les responsables des services concernés à démissionner.

Alors que les assaillants avaient pris le contrôle de la radio nationale peu après quatre heures du matin, la bande enregistrée par leurs soins, annonçant las mise en place du mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon, a été diffusée en continue jusqu’à 8h 30 heures de la même matinée sans que le signal ne soit coupé et le commando neutralisé. Une lenteur dans la réactivité qui remet, une fois de plus, en cause la capacité des différents services sécuritaires et des hommes qui les dirigent à faire face aux questions de sécurité nationale. Selon nos sources à Libreville, ni les ministres de la défense nationale et de l’intérieur, ni le secrétaire général du conseil national de sécurité, ni les chefs d’états majors de la gendarmerie, police nationale, garde républicaine, forces armées nationales n’étaient présents à la RTG au moment de la riposte.

Pour sa sécurité, celle des populations et des partenaires du Gabon, Ali Bongo devrait se résoudre à réorganiser en urgence son dispositif sécuritaire. Les hommes qui l’incarne sont désormais peu rassurants et rendent le Pouvoir de Libreville vulnérable.

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